OriginePerseEgyptienGrecRomainArabeMédiévalItalien EuropéenFrançaisAnglaisXIXè SChinoisJaponaisXXè SBiblio

Le style des Jardins à la Française est assez proche des jardins italiens de la Renaissance, du moins au premier coup d'oeil. On y retrouve le principe d'un axe principal fortement marqué, l'importance de longues perspectives visuelles, la forte présence de l' eau, en fontaines ou bassins, le recours à l'architecture de verdure, l'ornementation des allées par de nombreuses statues illustrant la mythologie (essentiellement Apollon à Versailles), etc. Mais l'art des jardins du XVIIe s. français est avant tout le reflet de la société de l'époque. Parmi les lettrés, on réalise que le monde n'est pas une Arcadie, paisible et insouciante : le monde est sale et instable (Descartes). La nature ne peut donc pas servir de base à un jardin, il faut s'en isoler et imposer un nouveau dessin pour retrouver le repos et la pureté de l'âme. Cette notion est amplifiée par la volonté forte de Louis XIV de toujours montrer davantage sa domination et son pouvoir absolu, sur sa cour, sur son royaume, et donc symboliquement, sur ses jardins, ceux du palais de Versailles notamment.

Cela se traduit dans la composition des jardins, par l'abandon du système en 3 étages des jardins de la Renaissance italienne. On reprend le parterre déjà utilisé à la fin du XVIe s.. Les parterres s'étagent sur autant de terrasses que le nécessite la topographie du site, sans limite, de sorte à créer un jardin immense (100ha) et une perspective presque infinie. L'ensemble du paysage semble alors appartenir au jardin, symbolisant le pouvoir de Louis XIV qui s'étend bien au-delà des limites du jardin, à l'univers tout entier. L' architecture de verdure est utilisée car il est important que le travail et la création soient visibles dans les formes du jardin, pour démontrer la maîtrise de l'homme sur la nature. Dans le Jardin à la Française, le végétal est à une place précise et sa forme est figée comme pour l' éternité. Les parterres de broderie végétale sont constitués de haies de buis taillé, composant des motifs complexes et réguliers, conçus pour être admirés à partir du premier étage du château, où se trouvent les pièces de réception officielles. Des poudres de briques ou de schiste épandues au sol permettent les contrastes de couleurs. Des arbustes savamment taillés en formes géométriques diverses selon l' art topiaire (peu présent à la Renaissance) sont disposés pour ponctuer ou délimiter les parterres. La conception des motifs des parterres, toujours symétriques par rapport à l'axe central, est en liaison directe avec l'architecture du château, par les rapports de proportion, la poursuite des lignes, la reproduction des formes et même le reflet du bâtiment sur les bassins.

Le château est intégré à la composition globale ; son architecture baroque (ou « Rococo ») est complémentaire avec la 'rigueur brodée' du jardin. Dans le jardin-même, l'influence baroque (ou « grotesque ») s'illustre par la présence de grottes, ornées de statues de divinités et de représentations de scènes mythologiques. Le château n'est qu'un élément à l'intérieur de l'axe principal infini du jardin. L'ensemble est conçu dans une même unité esthétique. A Versailles par exemple, c'est grâce à des artifices lumineux (reflets du coucher du soleil sur le Grand Bassin vers la Galerie des Glaces, etc.), très symboliques, que l'axe central trouve ses limites physiques, tout en restant infini dans l'illusion.

Techniquement, les jardins de Versailles sont déjà remarquables pour les importants terrassements et la préparation des terrains initialement de faible valeur agronomique. Mais les systèmes hydrauliques d'adduction d'eau (fontaineries, arrosages, etc.) ont demandé des travaux absolument colossaux. La 'machine de Marly', une station de pompage géante sur le cours de la Seine, à Bougival, et l'aqueduc de Marly (20km), furent spécialement construits pour Versailles.

L'art du Jardin à la Française semble aller de paire avec une certaine pauvreté botanique, le buis étant presque exclusivement employé. Les palissades d'arbres taillées ne sont pas plus riches. Seul le Potager du Roi (1675), à Versailles, par JB La Quintinie apporte une diversité végétale. Mais les tracés y sont tout aussi travaillés que dans le jardin. Louis XIV finance par ailleurs des expéditions botaniques pour acclimater de nouveaux végétaux (Orient, Amériques) et enrichir sa collection du Jardin du Roi (Jardin des Plantes de Paris). Le Nôtre avait également l'obligation de maintenir les jardins des Tuileries fleuris toute l'année. Avec le Jardin à la Française, l'importance du jardinier prend le pas sur celle de l'architecte. A Versailles, Le Nôtre a plus d'envergure que Le Vau et Le Brun, respectivement architecte du château et peintre - sculpteur des statues du jardin.

Mais l'art des Jardins à la Française n'a pas commencé à Versailles (1662-1680). Le premier jardin à la française fut celui du château de Vaux-le-Vicomte (1661), par Le Nôtre pour le Surintendant des Finances Nicolas Fouquet. Tous les principes magnifiés plus tard à Versailles sont déjà présents à Vaux-le-Vicomte. La splendeur et la mégalomanie de cette réussite vaudront d'ailleurs à Fouquet son emprisonnement à vie et la jalousie de Louis XIV. Bien qu'ayant coûté des sommes fabuleuses, la splendeur et la démesure des jardins de Versailles créent l'envie dans tous les palais royaux d'Europe. En Autriche, les jardins de Belvédère (1706-1718), par Hildebrandt puis Girard (Fr.), pour le Prince Eugène, vainqueur des Turcs, libérateur de Vienne et rival européen de Louis XIV, sont une illustration de cette mode. Les deux jardins ne sont pas pour autant des copies, plutôt deux expressions concurrentes d'un même art. On compte aussi les Jardins Royaux de Herrenhausen, en Allemagne, par Charbonnier (Fr.) pour l'archiduchesse Sophie et la Maison de Hanovre (1692), les jardins de Peterhof, à St Petersbourg en Russie, par Le Blond (Fr.) pour Pierre le Grand (1719), … et même une partie des jardins impériaux de Yuan Ming Yuan, à Pékin, réalisée par des jésuites européens pour l'empereur Chien Lung (1747). Aux Pays-Bas, par contre, l'art des Jardins à la Française n'a que peu d'influence, mis à part les magnifiques jardins à la française du château de Het Loo (1684), pour Guillaume III, futur roi d'Angleterre (1691). De manière générale, comme en Angleterre, les jardins restent fortement inspirés de la tradition baroque et maniériste de la fin de la Renaissance italienne, l'engouement et la maîtrise botanique des fleurs en plus. Ce style hollandais influence en retour certains jardins européens à la française, notamment ceux d'Allemagne tels que Herrenhausen et Schwetzingen. Il perdurera jusqu'à l'avènement de l'art des Jardins à l'Anglaise au XVIIIe s.


Motorized with Actipages By MAXImini.com - Copyright Architecte Paysager -