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XVIIIe s. : le Jardin Paysager, dit à l’Anglaise

L’art du Jardin Paysager du XVIIIe s. apparaît comme une réaction au jardin formel du XVIIe s. français et au jardin de la Renaissance italienne avant lui. Pourtant l’un des précurseurs de l’art du Jardin à l’Anglaise, William Kent (1685-1748), commence par faire un voyage en Italie. Il n’est pas le seul à s’intéresser à l’Italie puisque tout lettré anglais du XVIIIe s. se doit d’avoir une bonne culture italienne. Kent s’inspire de la mise en scène artistique des panoramas à partir de la terrasse des villas de la Renaissance italienne, entre autres celles de Palladio. Il reprend ainsi à son compte la notion de paysage emprunté. Parallèlement, les peintures des paysages romains par Lorrain (1600-1682) et Poussin (1615-1675) influencent et aiguisent les critiques du Jardin à la Française, relayées notamment par les essais littéraires d’Alexander Pope (1688-1744).

Le panorama permet d’appréhender du regard un espace qui semble illimité. Chaque endroit y semble en lien avec un autre, et par extensions répétées avec l’univers tout entier. Cette notion d’ universalité est fondamentale pour l’art du Jardin à l’Anglaise. L’universalité repose sur les lois de la nature, identiques partout : c’est une universalité en tout point égale. Ainsi il n’y a plus d’injustice car chaque homme est égal face au spectacle de la nature, quel que soit son rang social. C’est en réalité une nouvelle conception de l’homme, éclairée par la philosophie des Lumières, et teintée de l’anti-monarchisme des jeunes aristocrates ‘dilettants’. Pour servir l’universalité, le Jardin à l’Anglaise a besoin d’immensité. Les parterres disparaissent au profit d’un grand tapis de gazon uni qui s’étend depuis le seuil de la maison et intègre tous les éléments du paysage. Aucune limite ni interruption brutale de topographie ne sont plus tolérées. Les terrasses et les escaliers sont bannis, remplacés par de légers vallonnements. Pour assurer la délimitation du jardin sans en avertir l’œil, Bridgeman réinvente le « Ha-Ha », sorte de grand fossé dont les dimensions sont calculées pour être imperceptibles au regard. La notion d’axe est abandonnée car trop formelle. Les allées doivent serpenter : « la nature a horreur de la ligne droite » dit Kent. C’est l’heure des mathématiques intégrales et différentielles. Les jeux d’eau, essentiels depuis la Renaissance, sont jugés trop artificiels. Seule la surface immobile d’un grand lac aux rives irrégulières sert convenablement la notion d’universalité. Mais le lac ne doit jamais être vu tout entier à partir d’un même point et la topographie, la direction des allées et les bosquets (« clums ») doivent y aider. Car les objectifs recherchés dans le jardin paysager sont autant la séduction qui naît de l’étonnement et de l’admiration, que le bien-être que procurent les forces positives et rassurantes de la nature.

L’addition d’ éléments architecturaux dispersés dans le Jardin à l’Anglaise oppose deux écoles de paysagistes du XVIIIe s. anglais. Selon Chambers (1723-1796), la juxtaposition de monuments disparates liés à une même expérience harmonieuse du paysage à travers des époques et des continents différents, sert la représentation globale de l’universalité. Chambers lance ainsi la mode des « folies » exotiques, ces monuments souvent d’inspiration chinoises qui ornent les jardins, à Kew par exemple. Mais Kent avant lui avait également dispersé dans ses jardins, à Stowe notamment, des répliques de temples romains et grecs. Lancelot « Capability » Brown (1716-1783), au contraire, veut seulement ordonner une nature qui est architecturée par elle-même, pour que devienne sensible sa force d’existence. Pour lui, le jardin doit être un théâtre universel de la nature, et les monuments architecturaux y sont superflus et gênants. Ce regard sur le paysage fait de Brown le paysagiste le plus célèbre de son siècle et ses nombreuses réalisations (211) transforment l’ensemble de l’Angleterre. Humphrey Repton (1752-1818), son successeur spirituel veut exacerber la compréhension de l’esprit de chaque site, le « genius loci », ce qu’il illustre dans ses Red Books.

Parmi les grandes réalisations de l’art des Jardins à l’Anglaise, on peut nommer en premier Stowe, aménagé pour Lord Cobham successivement par Bridgeman en 1715, KENT en 1730, et Brown à partir de 1741. Stowe est un bon exemple de propriété campagnarde devenue, grâce à l’essor économique et au progrès technique, un lieu de villégiature politique et sujet pour l’expression de l’engouement anglais envers la nature. On peut également noter les jardins de Blenheim Palace où Brown conçut pour le duc de Marlborough son premier grand lac naturel (1764). Les jardins de Castle Howard par l’architecte Vanbrugh et le comte de Carlisle lui-même (1699-1729), et ceux de Stourhead, par H. Hoare fils lui-même, banquier de renom, dans le style palladien, comme une copie de toile de Lorrain, sont tout aussi remarquables. Sur le vieux continent, ce sont les écrivains- philosophes, notamment JJ. Rousseau (1712-1778), Schiller et Goethe, qui propagent l’idée d’une société nouvelle à construire. Ils vantent les beautés de l’art du Jardin Paysager à l’Anglaise, et annoncent la naissance d’un nouveau mouvement, le romantisme. En France, le marquis de Girardin aménage ainsi sa propriété d’Ermenonville, près de Paris. Les monuments et les tombeaux y sont nombreux, en particulier celui de Rousseau. Mais le romantisme oriente le jardin français du XVIIIe s. vers davantage de mélancolie contemplative, avec par exemple la construction de maisons en ruines et de colonnes détruites, selon les peintures de ruines de Hubert Robert.


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