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A la préhistoire, les amérindiens peuplant les Petites Antilles sont des chasseurs-pêcheurs-cueilleurs (amérindiens archaïques). Nous n’avons aucune trace de ces peuples. Il faut attendre 100 av. JC environ, pour qu’un autre peuple amérindien, venu du Venezuela, remonte l’arc Antillais, d’île en île, porté par les courants : ce sont les Arawaks. C’est le premier peuple amérindien des Antilles à maîtriser l’art de la céramique. La plus ancienne trace des Arawaks en Guadeloupe sont des poteries qui datent de 150 ap. JC (Morel, Le Moule). En plus d’être chasseurs et pêcheurs, les Arawaks sont les premiers agriculteurs des Antilles. D’ailleurs, les Arawaks, originaires des rives de l’Orénoque, loin de la mer, étaient agriculteurs avant d’être marins et pêcheurs. Ils ont appris les arts de la mer au contact des indiens archaïques des côtes du Venezuela.

Les Arawaks pratiquent l’ agriculture sur brûlis. Une parcelle quadrangulaire est débroussaillée par les hommes en pleine forêt. Les petits arbres sont coupés et les herbes fauchées. Ils sont ensuite entassés aux pieds des grands arbres et brûlés. Le feu tue ces grands arbres qui sont alors abattus au moyen de haches de pierre. La parcelle ainsi préparée est appelée « savanna ». Les cendres constituent un bon engrais. Les femmes peuvent alors planter les boutures et les racines des cultures désirées. Un tel jardin est appelé « ichali ». Sa surface ne dépasse que rarement 0,5ha. Ce type d’agriculture est itinérante car cela évite l’épuisement des sols. Au terme de 2 cycles de récoltes, la parcelle est abandonnée. Initialement, l’agriculture ne concerne à peu près que le manioc, mais à partir du VIIIe s. elle se diversifie. Les peuples Caraïbes, qui perpétuent le même type de jardin, y introduisent également de nouvelles espèces (ricin, ananas, papaye, cacaoyer, etc.). La forme du Jardin Caraïbe reste à peu près inchangée jusqu’à l’arrivée des européens au XVIe s.

Les cultures sont avant tout à but alimentaire : le manioc (originaire du Brésil), le maïs (originaire d’Amérique Centrale), le piment, la patate douce, l’igname, le giraumon, l’ananas, le ricin, la papaye, le malanga (ou dachine, ou chou caraïbe) et le cacaoyer. Certaines de ces plantes, dont l’igname et la patate, tout comme le calebassier et le cotonnier, le cocotier et la banane, étaient eux-mêmes arrivés d’Asie du Sud-Est et de Polynésie lors des premiers peuplements de l’Amérique du Sud. Certaines plantes sont cultivées pour d’autres usages, industrieux et médicinal notamment. Ainsi le Caladium chasse les mauvais esprits ; le Phyllanthus conami donne une sève avec laquelle on enduit la pointe des flèches pour étourdir les poissons ; le coton permet le tissage des fils de pêche et des hamacs ; le roucou et le Genipa donnent des teintures rouges et noires ; le calebassier permet la confection de récipients ; les feuilles de tabac sont fumées en cigare par les hommes ou servent de remède purgatoire (vomissements) en décoctions. Ces plantes viennent en complément des ressources maîtrisées de la forêt humide : goyave et corossol pour l’alimentation, gommiers, gaïac et courbaril pour le bois des pirogues et des armes, latanier et balisier pour les feuillages des toitures, roseaux pour la vannerie, palmistes pour l’huile protectrice de la peau, mancenillier pour le poison des flèches de chasse, et même Cohoba pour les substances hallucinogènes qu’on peut en tirer et qui permettent de communiquer avec les esprits.

Les Amérindiens ont un grand respect pour la nature qui les accueille et qui les nourrit. Il n’y a pas de rapport de domination entre eux et elle. Les Amérindiens prennent à la nature ce dont ils ont besoin pour vivre, sans chercher à posséder davantage, à l’inverse d’une société de consommation. En plus d’avoir un rôle utilitaire, le Jardin Caraïbe a un rôle social. Ainsi, le jeune homme qui veut se marier doit cultiver son jardin pour offrir des vivres au père de sa future femme. Il doit également aider son beau-père à travailler ses propres parcelles.

Le jardin est en forêt, en recul de l’habitat qui reste sur les plages. Les « carbets », ces huttes de bois avec des toitures recouvertes de feuillages, forment le village. Les Arawaks et les Caraïbes préfèrent s’installer près de l’embouchure d’une rivière, voire le long des mangroves. L’eau douce leur permet entre autre de se laver car l’eau de mer est considérée comme sale et impure. La structuration de la communauté autour de la vie du village, est le fondement de l’équilibre de ces civilisations amérindiennes. Elle est à l’origine de la grande dispersion de ces peuples à travers toute l’Amérique Centrale jusqu’en Floride, et sur l’ensemble des îles des Antilles, Petites et Grandes.

Sur les Grandes Antilles, la colonisation des terres intérieures par les Arawaks permet le développement d’une civilisation aussi prestigieuse qu’en Amérique Centrale et Méridionale (Aztèques, Toltèques, Mayas, et Incas) : ce sont les Taïnos. Au contraire, dans les Petites Antilles à partir de 1000 ap. JC, les Arawaks résistent mal aux invasions des Caraïbes, plus féroces guerriers. Les Caraïbes sont de très bons marins, en plus d’être agriculteurs. En 1493, C. Colomb sera horrifié par l’anthropophagie rituelle de leurs descendants, les Kallinagos, dans leurs guerres contre les Arawaks (« caniba » qui signifie « Caraïbe » en langue Arawak, donnera le terme « cannibale ») (« etoulou » qui signifie « Arawak » en langue Caraïbe, est phonétiquement proche de « etoucou » signifiant « guerre », ce qui peut montrer à quel point la rivalité entre les deux peuples est profondément ancrée dans leur culture).


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