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La structure d’une Habitation est complexe. S’y côtoient les plantations, les ouvrages hydrauliques (bassin de retenue, aqueduc, canaux), les bâtiments d’exploitation (moulins à eau et à vent, sucrerie, magasins, écuries, poterie, etc.), les cases des esclaves et les jardins à nègres, ainsi que la maison de maître. Celle-ci est en général au centre du domaine construit. Jusqu’au XIXe s., les maisons de maîtres n’ont pas de jardins d’agrément. Un potager et un verger, clos derrière de hauts murs pour éviter le vol, sont à l’usage des colons. Ils sont exploités et entretenus par des esclaves domestiques. Le terme même de « jardin » désigne, jusqu’au XIXe s., aux Antilles françaises, l’ensemble des terres cultivées et domestiquées, sans distinction avec les plantations. A cette époque, les préoccupations des colons concernent uniquement la rentabilité de leur Habitation. D’ailleurs, les colons se savent sans cesse à la merci des cataclysmes naturels (cyclones, tremblements de terre) et des rébellions d’esclaves. La plupart des colons rêvent d’une fortune rapide et d’un retour en France métropolitaine. L’aspect esthétique de l’Habitation n’est donc pas dans leurs priorités.

A partir de la 2e moitié du XIXe s., des jardins d’agrément apparaissent sur la face arrière des maisons de maîtres. Mais ils restent assez réduits. Seules des Habitations vraiment prospères pourraient avoir un grand jardin ornemental pouvant rivaliser avec les propriétés européennes. Il n’y en a pas en Guadeloupe, contrairement aux jardins des majestueuses demeures des plantations américaines, en Louisiane par exemple. En Guyane, près de Cayenne, l’Habitation Préfontaine est l’un des seuls exemples prestigieux connus dans les colonies françaises.

La forme du Jardin de Maître est en général inspirée des compositions dites formelles, comme celles de la Renaissance ou du XVIIe s. français. Cette composition stricte rappelle les jardins des puissants monarques européens, et flatte le pouvoir du maître de l’Habitation. Son jardin constitue un ‘vide sophistiqué’ qui isole la maison de maître de toute la végétation luxuriante alentour. D’ailleurs, à cette époque, la mode métropolitaine revient aux jardins formels. Les colons suivent cette mode. Mais la modestie des moyens prime, et ces jardins se composent essentiellement de carrés de verdure, gazon ou massifs fleuris, séparés par des allées. A leur intersection, on trouve souvent une fontaine. Les fleurs à couper sont à l’honneur, roses et marguerites en tête, rappelant la métropole. Les canaux qui traversent le jardin acquièrent un caractère ornemental avec la ponctuation de petits bassins et de petites cascades. L’allée principale menant à la maison de maître est marquée d’ alignements arborés : orangers d’abord (XVIIIe s.), puis cocotiers et palmiers royaux se généralisant au fil des siècles, voire fougères arborescentes ou Datura dans certains cas. La cour carrée sur la face avant de la maison est parfois encadrée de Cycas ou de Malacca taillés en charmille. Des tonnelles couvertes de jasmins ou de fruits de la passion ombragent les tables extérieures et les volées d’escaliers. Le nivellement en terrasses des jardins et des vergers permet d’établir leur planitude relative. Les limites de ces terrasses sont parfois marquées par des massifs fleuris longilignes : balisiers, Alpinia, roses de porcelaine, etc. L’espace se trouve ainsi cloisonné, favorisant la diversité des ambiances. Des « chambres de verdure » peuvent ainsi révéler une certaine intimité, entre murs et haies, à l’ombre de grands arbres.

Ce modèle stéréotypé du Jardin de Maître est souvent moins net et identifiable, en tout cas dans l’aspect actuel. Avec les siècles, la composition structurée laisse souvent place à des bosquets épars et des massifs arbustifs colorés aux pieds de hauts arbres, le tout sur un lit de gazon rustique. D’ailleurs les Jardins de Maîtres ne sont jamais l’œuvre d’artistes/jardiniers comme dans la France du XVIIe s. ou l’Angleterre du XVIIIe s.. Ils sont toujours créés par des passionnés de botanique, qui agencent les plantes de leur intérêt sans plan fixe. Le plus célèbre d’entre eux est sans doute Charles Antoine Le Dentu (1801-1888). A la fin du XIXe s., certains riches colons habitent en ville. Pendant le Carême, ils partent profiter du bon air de leur Habitation : c’est la ‘ maison de changement d’air’. Ces Habitations, pour la plupart situées en Basse-Terre et surtout à Saint-Claude, gardent leur fonction productrice mais le domaine du maître est entièrement voué à la détente et au divertissement. Les panoramas y sont recherchés, parfois encadrés par des bouquets de palmiers. La Joséphine, située sur le plateau de Matouba et aménagée en 1862 par Le Dentu, est sans doute la plus connue de ces Habitations.


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