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La transition entre les jardins du Moyen-Age et ceux de la Renaissance n'est pas brutale et il est difficile de retenir une date véritablement charnière. On peut considérer que ce sont les travaux d' Alberti (1404-1472), et notamment son « De re aedificatoria » (1452), qui marquent le début de l'art des jardins de la Renaissance, en Italie. Dans ce traité, Alberti décrit en effet la villa de campagne idéale, à l'heure où les puissants notables de Florence quittent la ville pour s'installer dans leurs riches villas sur les coteaux (« villeggiatura »). C'est également l'essor d'un nouvel humanisme. Le règne d'une religion mystérieuse et dominatrice prend fin : l'homme a son destin en main. La nature est source de richesses et d'énergies soumises à sa volonté et à ses plaisirs. Le jardin doit être à l'échelle humaine. C'est la raison grecque qui renaît. L' Académie Néo-Platonicienne regroupe d'ailleurs à partir de 1457 de grands théoriciens tels que Ficin, Michelozzo et Alberti.

Selon Ficin, pour atteindre le beau, l'organisation du jardin doit obéir aux règles de géométrie et aux subdivisions mathématiques dictées par Platon : c'est le jardin architectonique. L'art des jardins devient un art majeur, au même rang que la peinture. Alberti, comme les philosophes grecs Pline le Jeune et Vitruve, pense que la beauté résulte de l' harmonie qui lie la villa, le jardin et la nature : l'unité d'une même construction stricte et précise régit l'ensemble. Un axe central fort et fédérateur se dessine. Alberti s'inspire aussi largement des parcs romains, en privilégiant les perspectives visuelles vers le paysage ; la situation de la villa à flanc de coteau est alors un atout précieux. C'est à Florence que prend forme le premier geste majeur avec l'œuvre de Michelozzo dans les jardins de la villa Fiesole (1458-1461) pour Cosme de Médicis. Mais c'est aux alentours de Rome en ruines que Bramante crée en 1503, pour le pape Jules II, le jardin du Belvédère, au Vatican. Ce jardin pose les marques concrètes et sophistiquées de l'art des jardins de la Renaissance.

La composition repose sur le grand axe central. Cet axe relie 3 plans étagés différents : le plan inférieur où l'on trouve les éléments de la nature organisés en un jardin ; le plan médian est composé des bassins et fontaines, au pied de la pente et d' escaliers majestueux ; le plan supérieur comprend les terrasses et la villa. Liés à la topographie du site, ces plans étagés sont également au service d'une hiérarchie, sur la référence du plan inférieur qui dicte la manière de domestiquer les éléments de la nature. Les balustrades successives de ces différents plans rythment la perspective visuelle ouverte sur les paysages environnants. Dans le jardin les végétaux sont sombres, persistants et taillés, de manière à servir au mieux les tracés géométriques précis. Le jardin de la Renaissance est aussi un jardin d'eau. L'eau apporte le mouvement et elle symbolise les potentialités de l'esprit dans son dépassement de la nature (élévation, beauté, vie, etc.). Le point d'orgue en est la grande fontaine centrale, avec souvent une 'île d'amour' au milieu d'un grand bassin, sur lequel la lumière joue avec les reflets. Les bassins, les jets d'eau et les canaux sont très nombreux à travers tout le jardin. Les labyrinthes de verdure sont fréquents, hérités de la mythologie grecque (Dédale). Les statues, nombreuses et parfois gigantesques, retrouvées dans les anciennes villas romaines, ponctuent le jardin : ce sont les ' antiques'. Des grottes sont creusées dans les murs de soutènement pour les accueillir. Le jardin lui-même illustre souvent le thème de l'Arcadie mythique et antique.

Raphaël et Udine introduisent l' hémicycle sur lequel aboutit l'axe principal du jardin de la villa Madama (1520). Ligorio fait de la villa d'Este, à Tivoli (1550), une merveille de jardin d'eau, avec une profusion de bassins, cascades et fontaines, toutes plus théâtrales, inventives et ingénieuses. Des jeux d'eau viennent même y arroser le promeneur imprudent, sur le ton de l'humour et de la farce. Vignole (1507-1573), après le palais Farnèse à Caprarola en 1540, et la villa Giulia à Rome, réalise les jardins de la villa Lante, à Bagnaia, dont l'importance prime sur la demeure elle-même. Entre pierre et eau, ce jardin est une prouesse d'équilibre dans la composition, à la hauteur de la renommée de son concepteur.

Dans le jardin de la Renaissance, la composition est stricte, à l'exception du « giardino secreto », le jardin secret. C'est un enclos de verdure, conçu pour le plaisir et isolé des vastes espaces ouverts du reste du jardin. C'est un endroit où le propriétaire garde la liberté de sa créativité. Le jardin secret de la villa Farnèse est tout particulièrement remarquable, avec notamment un « casino », c'est à dire un pavillon de plaisirs. Les fleurs et la variété des végétaux ne sont pas de mise dans le jardin de la Renaissance. Seuls le buis et l'if y sont couramment utilisés. Pourtant les jardiniers de la Renaissance sont de férus botanistes. Le premier jardin botanique (« hortus medicus »), créé à Pise en 1543, est surtout consacré aux plantes médicinales, à l'image de ses modèles arabes. Ses successeurs (Padoue, Florence, Leiden, Oxford, etc.) servent rapidement à l'acclimatation de plantes exotiques, dont le palmier (Chamaerops humilis). De nombreux humanistes se mettent à observer, comparer et étudier les plantes et commencent une classification scientifique des végétaux, afin d'organiser les savoirs botaniques médiévaux.

Au XVIe s., une réaction individualiste s'opère parmi les architectes-paysagistes : l'artiste veut affirmer son identité et revendique sa liberté de création, sans la contrainte des règles de composition. C'est le maniérisme. Les éléments deviennent surabondants, seule leur esthétique propre étant recherchée. Les proportions rigoureuses du concept albertien de l'harmonie ne sont plus respectées. A la fin du XVIe s., les travaux de Galilée, Newton et Kepler ébranlent les croyances religieuses. Leurs théories d'un univers en mouvement inspirent les courbes et les torsades : c'est la naissance de l'art baroque. L'art des jardins s'en ressent : l'axe de composition ne s'appuie plus sur le palais et disparaît parfois. La pierre est sculptée pour donner l'illusion du mouvement (le Bernin) ou illustrer un monde fantastique peuplé de monstres et d'animaux étranges (Ligorio, pour Orsini au jardin de Bomarzo, 1560) qui ornent parfois les parois des grottes, grandes et très travaillées (jardins de Boboli, à Florence, 1593). Les vastes espaces du jardin répondent davantage au monumental, comme à la villa Borghèse. Une nouvelle voie est enfin ouverte par Palladio. Celui-ci privilégie le côté plastique de la villa dans le site. Le jardin n'est donc plus une fin en soi mais un moyen de parvenir à l' intégration dans le paysage.


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