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Au Japon, dans le culte Shinto originel, le jardin est animiste et donc peuplé d’une multitude d’esprits qui habitent les différents éléments de la nature. Avec l’arrivée des moines bouddhiques coréens , l’art des jardins japonais entre sous une grande influence de la tradition chinoise. Les jardins de méditation Zen, souvent secs et abstraits, sont l’expression directe de cette tradition d’inspiration chinoise, encore aujourd’hui.

C’est au cours des périodes de fermeture du Japon sur lui-même que l’art des jardins japonais a gagné sa propre personnalité. Les reliquats du culte shintoïste oriente le jardin vers le luxe profane. De même les esprits des plantes (les Kamis) restent objets de vénération par les visiteurs qui viennent avec des offrandes de fleurs et de nourriture. Le visiteur entretient donc une relation ambiguë avec le jardin, entre méditation Zen et superstition animiste. Mais dans tous les cas, ce sont l’harmonie avec la nature et la quiétude de l’âme qui sont recherchées.

Pour sa composition, le jardin s’inspire de l’esprit du site et s’intègre parfaitement à son environnement. Parfois, la limite entre le jardin et son environnement disparaît complètement. A l’extrême, la création du jardin peut se résumer à la mise en valeur du potentiel poétique du site, de manière minimaliste. De la même manière, les constructions architecturales du jardin s’élèvent sur pilotis, afin de perturber le moins possible le site et la vie des Kamis. L’ imaginaire est en réalité au cœur de la composition du jardin. L’ émotion poétique ressentie (le Fuseï) en est l’objectif principal. C’est donc la grandeur symbolique des éléments ainsi que leur pouvoir émotionnel qui sont importants, quitte pour cela à recourir aux illusions d’optique pour récréer le décor à plus petite échelle. La démarche émotionnelle, poussée à l’extrême, peut aboutir à l’élaboration d’un jardin dont la poétique sera révélée à un moment précis de la journée ou de l’année : le pavillon d’Argent de Kyoto se visite au clair de lune, les jardins d’érables flamboyants en automne, etc.

Les 5 éléments de la nature (pierre, eau, air, feu et bois) ont une influence importante dans la composition du jardin. L’ eau est, comme en Chine, l’expression de la vie de la nature. Le torrent symbolise le renouveau et la jeunesse tourmentée, la rivière (souvent NE/SO pour un bon reflet de la lumière du soleil) symbolise le lent écoulement de la vie et la continuité dans l’au-delà, et l’étang évoque la plénitude de l’esprit. Le bruit de l’eau des cascades et des torrents stimule l’imaginaire. Sa fraîcheur est agréable. Au sein de l’étang, les carpes colorées sont des ’fleurs vivantes’ qui animent les eaux tranquilles et par leur longévité elles symbolisent la force et la persévérance. La pierre symbolise la longévité et l’omniprésence des forces de la nature. Les roches du jardin sont souvent disposées par deux, l’une dite « male » et l’autre « femelle ». Les roches sculptent le relief et permettent les dénivellations de l’eau : c’est le symbole de la terre qui permet l’expression du symbole de la vie.

Les plantes du jardin ont une forte symbolique, sensiblement la même que pour les Chinois. Elles sont choisies, taillées et formées de manière à ce que leur forme graphique évoque le mieux possible les sentiments et les émotions du jardinier. En plus des symboliques chinoises on trouve des symboliques plus spécifiques au Japon : l’amélanchier représente la jeunesse, l’érable, la couleur et la joie, l’iris, la beauté simple et raffinée, et l’azalée taillée, le vallonnement des collines boisées.

Différents éléments architecturaux participent à la lecture du jardin : parmi eux, le pavillon de contemplation (v. Chine), le pont et la lanterne. Le pont est un point de vue idéal sur le jardin, à la fois proche et séparé de l’eau, comme l’éloignement du philosophe par rapport à la vie. Il est souvent en arc de cercle, la courbe étant plus en harmonie avec la nature. Le pont peut même ne devenir qu’un élément du décor, en demi-cercle (cercle entier avec son reflet dans l’eau) au point d’être impraticable. Il est généralement en terre, en pierre ou en bois. La lanterne, également de pierre ou de bois, porte le feu. Elle symbolise la lumière de la connaissance qui perce la nuageuse ignorance et rend possible les déambulations nocturnes dans le jardin.


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