OriginePerseEgyptienGrecRomainArabeMédiévalItalien EuropéenFrançaisAnglaisXIXè SChinoisJaponaisXXè SBiblio

Le XIXe s. commence sur les bases de l’art du Jardin à l’Anglaise. Repton, ancien disciple de Brown, fait évoluer son art vers le style « gardenesque ». Il réintègre la terrasse devant la maison ainsi que les massifs fleuris semi-réguliers et artificiels. En cela il s’écarte considérablement de l’œuvre de Brown. Ce style est repris par John Claudius Loudon (1783-1843). S’appuyant sur un savoir horticole quasi encyclopédique, Loudon porte l’accent sur la mise en valeur optimale de chaque plante, grâce au repiquage des fleurs dans des parterres variés et changeants. Une distribution aléatoire d’arbres et d’arbustes de tous genres donne l’élévation du jardin. Loudon crée en 1826 le premier magazine horticole, le Gardener’s Magazine. Il y décrit les innovations horticoles, donne des conseils sur le jardinage et sur la conception des jardins. Ce nouveau style de jardin, simple et sans artifices trop onéreux, est accessible à une part plus large de la population. Le jardin se démocratise. Jardiner devient le passe-temps le plus populaire.

A l’opposé, les hautes classes s’adonnent à tous les excès dans leurs jardins victoriens : profusion de statues de la Renaissance italienne, juxtaposition de massifs fleuris sans composition unitaire, étalage de couleurs, et recherche incessante de l’originalité, dans le choix des espèces végétales (souvent exotiques) autant que dans leur forme et leur disposition. Ce double style est soutenu par le progrès technique avec notamment deux grandes inventions : la tondeuse à gazon, inventée par Budding en 1830, permet à chacun d’avoir une pelouse impeccable, moyennant un terrain bien nivelé. La serre, développée à partir de 1820, permet à la petite noblesse terrienne de rivaliser avec les anciennes orangeries des grands domaines. Elle décuple également les possibilités offertes aux nombreux collectionneurs de végétaux exotiques. La vente de graines par correspondance et le développement de la presse horticole favorisent un peu plus encore la passion anglaise pour les jardins.

En France, c’est Gabriel Thouin (1747-1829) qui importe le style « gardenesque » anglais. Moins excessif que les Victoriens, il apporte une touche de formalisme au style anglais en proposant des modèles simples de massifs-îlots et d’allées. Héritée des parterres repiqués de Loudon, naît alors la mosaïculture, avec des motifs géométriques tout d’abord, puis zoomorphes et emblématiques. L’Ecossais Blaikie dessine le jardin de Bagatelle pour le Comte d’Artois, tandis que Thouin aménage en 1806 le domaine de Malmaison pour Joséphine Bonaparte. On y retrouve de magnifiques collections botaniques, de roses notamment.

Parallèlement, les parcs publics se multiplient. Lenné conçoit en 1819 le Tiergarten de Berlin, sur le principe danois du « Volksgarten » selon lequel le parc public doit être une glorification de la nature et de la nation. Le Jardin des Plantes de Paris, agrandi pas Thouin, devient un modèle repris partout en France. L’ouverture des parcs publics constitue l’innovation marquante du XIXe s.. Les cimetières modernes, comme celui du Père-Lachaise en 1804, sont aménagés dans le même style paysager, avec pelouses, parterres, bosquets, pièces d’eau et vues étudiées. Le cimetière devient d’ailleurs un lieu de repos pour les vivants autant que pour les morts. En Angleterre les pouvoirs publics reconnaissent le rôle social des parcs : les tensions sociales sont dissipées par la détente et les divertissements des parcs publics. Le Terrace Garden, par Loudon en 1835, est le premier du genre en Angleterre. Mais c’est Joseph Paxton (1803-1865) qui développe les parcs publics en Angleterre. On lui doit notamment le Crystal Palace et le parc de loisir payant de Sydenham, sorte d’ancêtre du parc à thème.

En France, Napoléon III lance en 1852 la restructuration urbaine de Paris. Le baron Haussmann (1809-1891) établit un nouveau plan d’urbanisme. A la place des anciens remparts, il crée de grands boulevards périphériques, bordés d’arbres et reliant deux poumons verts : le parc de Vincennes et le Bois de Boulogne. Paris se trouve au cœur d’une ceinture verte. C’est Jean-Charles Christophe Alphand (1817-1891) qui est chargé de leur aménagement ainsi que de celui de nombreux parcs tels que le parc Montsouris, les Buttes-Chaumont, le parc Monceau, le Champ de Mars et les Champs-Élysées. Barillet-Deschamps lui apporte sa science personnelle de l’horticulture décorative, alliant plantes à fleurs et plantes sub-tropicales à feuillage. En complément, une quarantaine de squares sont aménagés dans Paris. En plus d’être agréables et pédagogiques (étiquetages botaniques et zoologiques), ces parcs donnent au public l’illusion d’une harmonie sociale. Les parcs publics ont donc un rôle politique, également, celui de calmer les esprits parisiens parfois révolutionnaires. Les boulevards étaient quant à eux suffisamment larges pour que des canons puissent y faire face à d’éventuels barricades. La politique paternaliste pousse à la création de jardins ouvriers en banlieue. Toute l’Europe se dote bientôt de parcs publics identiques à ceux d’Angleterre et de France, où chaque grande ville possède son parc public dès 1860.

La deuxième moitié du XIXe s. voit la naissance d’une réaction anglaise au style « gardenesque » et au manque de goût dans les associations floristiques des jardins privés. William Robinson (1838-1935) prône le « jardin naturel ». Dans son « The English Flower Garden » (1883), il explique que le tracé du jardin doit permettre le bon épanouissement des végétaux plantés. Les associations de plantes doivent respecter le mariage des couleurs, la complémentarité des tailles et des formes. Les plantes locales sont remises à l’honneur, en complément d’exotiques pouvant se comporter comme des sauvages. Le style de Robinson fait école. Les jardins privés deviennent plus intimistes et personnalisés, plus respectueux de l’écologie des plantes également. Des peintres comme l’impressionniste Claude Monet sont conquis par ce type de jardin et par l’harmonie subtile des couleurs. A la fin du XIXe s., les jardins formels et notamment le jardin Renaissance moderne font un bref retour aux avant-postes de la mode. Les rénovations sont nombreuses (Vaux-le-Vicomte par les Duchesne). Certains paysagistes au nombre desquels Milner (GB) et André (Fr.) essaient alors d’établir une synthèse entre formel et naturel : le formalisme du tracé, le naturel des plantations et des associations végétales. C’est finalement Gertrude Jekyll (1843-1932) qui réussit le mieux ce mariage, à partir de 1889. Dans ses jardins, les arbres d’essences indigènes permettent d’établir le lien avec le paysage. Inspirée par les travaux du chimiste français Chevreul (cercle chromatique et couleurs complémentaires), Jekyll perfectionne les jeux de couleurs dans ses plates-bandes.


Motorized with Actipages By MAXImini.com - Copyright Architecte Paysager -